Carnet de route
Chapitre 60: 21-27/04/2003 : Atar - Nouahdibou (Mauritanie) - Agadir (Maroc)

J.B. :"Après avoir bien rigolé quelques jours avec nos amis mauritaniens et hollandais, on se décide a reprendre la piste. C'est pas facile car ils veulent pas nous laisser partir et comme excuse ils nous disent que Vincent n'est pas encore en forme pour décoller. On reste alors une journée de plus, petite visite d'un oasis pas très loin où l'on ensable la voiture des hollandais pour pouvoir prendre quelques belles photos dans les dunes. Eux viennent d'arriver en Afrique et veulent bouffer du sable; avec Pascale on les laisse faire en se disant que dans quelques semaines ils auront eux aussi leur dose de poussière. Nous, il nous reste encore une longue piste avant de rejoindre le goudron marocain.

Le lendemain un adieu à nos hôtes qui nous ont reçu comme des rois et nous on bien fait rire avec leurs blagues et anecdotes, Ahmed qui chassait les canards dans le parc municipal en plein centre ville d'Utrecht (Pays bas) lors de son séjour et revendait le ragout au resto du coin. Notre première impression sur les maures a disparu et on va vraiment en avoir de bons souvenirs. Je prends la moto et Pascale conduit la voiture, un plein de tous les réservoirs, essence (55l), diesel (180l) et surtout eau (115l), puis départ pour Choum à partir d'où on suivra le rail jusqu'au poste frontière mauritano-marocain au "PK57". Les paysages sont magnifiques et font penser au Hoggar algérien, des plateaux rocailleux, des canyons et des étendues de sable. Au bout de 120 km Choum est en vue, petit village sans intérêt d'où l'on peut prendre le train minier qui transporte des minerais de fer de Zouérate vers le port de Nouadhibou. Nous suivons une piste qui longe le rail par le sud sur 460 km. Rapidement on s'aperçoit que cette piste disparait dès qu'on arrive sur une section sablonneuse. Le vent efface toute trace en quelques heures et les dunes forment des barrages en travers de notre chemin. On s'arrête pour le casse-croûte de midi et nous invitons un couple de suisses qui arrivent en Land Rover à prendre place sous notre haut-vent à l'ombre. Quelle bonne surprise quand on les voit sortir de leur frigo du jambon, du fromage, des cornichons et autres aliments dont nous ne rêvons même plus depuis longtemps! Ils auraient pas dû proposer... Après coup je pense qu'on a un peu fait les sauvages. C'est peut-être pour cela qu'ils ne se sont pas arrêtés quelques kilomètres après quand on avait la bagnole ensablée? Vincent, malgrès son état, a repris le volant, considérant que c'est moins fatigant pour ses nerfs de conduire que de faire le co-pilote aux côtés de Pascale? Un immense bloc de granite noir de plus de cent mètres émerge des dunes de sable orange et c'est la fin du relief.

Vince retrouve le sourire après avoir repris le volant à Pascale
bloc de granite entre Choum et Nouadhibou

La nuit commence à tomber pendant que le vent se lève. Pas d'abris en vue pour la nuit. Pour diner on mange un peu de sable avec des pâtes, puis le vent nous oblige à nous réfugier dans nos tentes respectives. La nuit est horrible, le sable s'infiltre partout avec ce vent qui souffle de plus en plus fort. Le vent creuse des trous autour des roues de la voiture puis la fait basculer dedans au fur-et-à-mesure. On a l'impression que quelqu'un déplace la voiture toute entière. En plus le thermomètre descend sous les 20°C et on a pas prévu les duvets, donc on s'est bien pelés. A sept heures on se lève, la voiture et la tente de Vincent sont ensablées. Le vent souffle toujours, on peut même pas déjeuner et on décide de se tirer en vitesse. Mauvaise surprise, la moto ne démarre pas, le trop plein déverse de l'essence. On essaye de nettoyer le carbu mais au milieu de ce vent de sable c'est pas évident! Au bout d'une heure le carbu refonctionne normalement mais toujours impossible de démarrer. Je kicke pendant un quart d'heure puis Vincent me tracte derrière la voiture entre les dunes. Rien à faire, elle a envie de nous les casser. On s'aperçoit que c'est un problème électrique et comme on est pas très fort à ce niveau là, on raccroche la moto en espérant que l'axe tiendra encore sur les 300 bornes de piste qu'il nous reste. Je suis obligé de rouler très doucement pour épargner la mécanique car il n'y a vraiment pas beaucoup de passage par ici et on a pas envie de tomber en rade avec la moto cassée en Vincent toujours en petite forme. Il faut naviguer entre les dunes sachant qu'il ne faut pas les prendre trop de face car il y a la moto derrière et qu'on ne peut pas faire de marche arrière. Pascale entend toujours de droles de bruits sous la voiture et arrive des fois à nous inquieter, mais de toutes façons il n'y a pas le choix, il faut continuer jusqu'au poste frontière.

On arrive à acheter 30l de diesel dans un village au bord du rail, ce qui nous permettra de couper, sans passer par Nouadhibou, vers le Maroc et gagner ainsi 100km. On passe la nuit chez le responsable du désensablage des rails de la société qui exploite la mine. Il nous explique comment se déplacent les différentes sortes de dunes et de quelle façon il lutte depuis 20 ans pour éviter que les trois trains journaliers ne déraillent. Selon lui les petites dunes (moins de neuf mètres) peuvent se déplacer à 30km/h pendant les tempêtes et renverser un 4x4. On passe une nuit à l'abri du vent. Quel bonheur de pouvoir dormir tranquilement! Il nous reste 100 km de piste et on est partagé entre la joie d'en finir avec ce sable et ces caillasses qui ne nous permettent pas de dépasser 15km/h, et l'amertume sachant qu'après il ne nous restera plus que du goudron... On se prépare à la bataille contre l'administration mauritanienne, fermement décidés de ne leur laisser pas le moindre peso au passage. Grande déception, ni la douane, ni les flics n'ont tentés la moindre allusion à un cadeau ou une taxe. Ils ont dû lire notre détermination sur nos visages.

calme après la tempête
quelle joie de pouvoir enfin se servir de son jouet!
Sauvés!

Ensuite c'est la longue et monotone remontée du sahara occidental avec la rencontre à Dakhla d'une famille belge dans un superbe Unimog aménagé et qui remontait aussi de l'afrique noire. On s'arrête une journée au nid d'aigle, où je me perfectionne en ploufs (sauts en parapente). J'en suis maintenant à mon 6ème petit vol, bientôt les 360°! Un coucou surprise à Tito dans sa grotte au-dessus de l'océan avant d'arriver à Agadir. Anais me recoiffe un peu et les copains de Tito nous préparent un tajine au poisson. Comme on sait que l'Olive arrive le 27 de Syrie, on lui fait la surprise à l'aeroport puis nous regoûtons au luxe avec des diners préparés par Barca et un saut à Marjane (hypermarché marocain, style carrefour). Le décallage par rapport aux deux mois qu'on vient de passer est énorme, on a peur du choc avec le niveau de vie en Espagne. Le Maroc sera un bon intermédiaire pour se réhabituer petit à petit."

Nos amis belges ont mis 8 ans pour le construire, beau résultat !
Nid d'aigle
Arrivée à Tan Tan
Préparation du tajine
Anai se prépare à son futur métier